Homélie du dimanche 10 mai - 5è dimanche du Temps Pascal par le P. Adrien

Chers frères et sœurs,

Connaissez-vous l’apôtre Philippe ? De nom certainement, mais nous avons très peu de chose sur lui, les Évangiles de Mathieu, Marc et Luc ne le mentionnent que dans la liste des douze, et le Philippe des actes des apôtres qui baptise l’eunuque est sans doute un autre Philippe, diacre. Seul saint Jean fait intervenir plusieurs fois l’apôtre Philippe dans son Évangile. Et nous avons aujourd’hui une de ses interventions. Chez saint Jean, dès que Philippe intervient, il y a toujours une question de voir, d’être vu. Au tout début de l’Évangile de Jean, Philippe est un des premiers à être appelé et c’est lui qui va ensuite chercher Nathanaël à qui Jésus dira « avant que Philippe ne t’appelle, je t’ai vu sous le figuier ». De même, Jésus « voyant la foule nombreuse venir à lui » demande à Philippe comment faire pour les nourrir (suivra la multiplication des pains). Au chapitre 12, ce sont des grecs qui demandent à Philippe « nous voudrions voir Jésus » et il les conduit à Jésus. Enfin, sa dernière intervention est celle d’aujourd’hui : « Seigneur, montre nous le Père, cela nous suffit ».

Pourquoi ce long détour sur la personne de Philippe ? Tout simplement pour mettre en évidence cette importance du voir. Tout d’abord avec Philippe, nous constatons que Jésus est celui qui voit, celui qui nous regarde. Jésus est le regard de Dieu qui se pose sur nous. Jésus c’est Dieu qui s’intéresse à nous. Ce n’est pas un regard de curiosité et d’observation de domination, mais un regard d’attention, de connaissance profonde. Dieu est celui qui contemple son œuvre, qui a le souci de son œuvre. Nous sommes chacun, l’œuvre de Dieu, chacun, nous sommes contemplés par Dieu, Dieu se soucie de chacun de nous.

Ensuite, Philippe manifeste quel est le désir profond de l’homme : voir Dieu. La contemplation de Dieu est ce que nous désirons pour nos défunts, mais c’est aussi ce que nous recherchons tous. Nous avons été créés pour cela, pour voir Dieu. Mais qu’est-ce que c’est que contempler Dieu ? Ce n’est pas rester statique, les yeux ébahis et la bouche ouverte (une éternité comme cela ça ne donne pas vraiment envie). Contempler Dieu c’est entrer en profonde union avec lui, c’est voir sa beauté, sa bonté... voir c’est synonyme de connaitre, et connaitre, cela traduit la proximité, l’intimité, d’affection. Le désir de l’homme c’est cela, être avec Dieu, voir Dieu. Et c’est ce que Philippe affirme lorsqu’il dit « Seigneur montre nous le Père, cela nous suffit ». Il a très bien compris « voir Dieu » cela nous suffit, cela nous comble. Ce qui est bête c’est qu’il n’a pas compris que celui qui nous montre le Père, c’est Jésus. Jésus c’est Dieu qui se montre, c’est Dieu qui se donne à voir. Jésus c’est lui qui nous fait entrer dans la vision de Dieu – pour la vie dans l’au-delà (c’est par lui que nous entrons au paradis), mais aussi dès aujourd’hui. Contempler Jésus c’est contempler Dieu, c’est entrer dans cette connaissance, dans cette intimité avec Dieu.

Jésus se donne à voir de bien des manières : à travers sa Parole, à travers les Évangiles, d’où l’invitation pressante de l’Église à lire et méditer les Écritures. Jésus se donne à voir dans son eucharistie. L’adoration du Saint-Sacrement, qui vous est proposée jeudi toute la journée, c’est cela, c’est se mettre en présence de Dieu, c’est adorer Dieu, le contempler dans cette vulnérabilité (quoi de plus fragile et insignifiant qu’une hostie) et c’est voir à travers cela la toute-puissance de son amour, sa gloire véritable.

Contempler Dieu, c’est là le culte véritable, le sacerdoce saint dont parle saint Pierre. Ce culte n’est pas inactif. Nous avons à nous offrir nous-même, à offrir notre monde. C’est là notre rôle dans l’offertoire et dans la prière d’intercession. Durant ce confinement, nous avons pu redécouvrir cela, vous êtes nombreux à avoir partagé des intentions de prières et c’est très bien, il nous faut continuer à développer cela. Nous portons le monde et nous avons à le porter ensemble.

Enfin, ce culte passe aussi par le service des autres. Notre prière ne peut jamais nous enfermer sur nous-même, ce n’est jamais qu’un entre moi et Dieu. Si la prière personnelle est véritable elle doit nous tourner vers les autres. En contemplant Dieu, je finis par me laisser transformer par lui, je deviens un peu plus ce que je vois, et ainsi, je fais mien le souci que Dieu a pour le monde.
« Je veux voir Dieu » doit s’accompagner du « je vois mes frères et sœurs avec le regard bienveillant de Dieu ». Continuons à chercher Dieu, à le désirer et soyons toujours plus attentif à ceux qui nous entoure.

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