Homélie du Jeudi de l’Ascension par le P. Thierry

Solennité de l’Ascension 2020

Nous le savons la fête de l’Ascension que nous célébrons aujourd’hui s’inscrit dans le même mouvement que la fête de la Pâques. D’ailleurs, St Luc, dans son évangile, témoigne que l’Ascension de Jésus, c’est-à-dire son retour vers le Père qui l’emporte dans la gloire, est le soir même de Pâques. De fait, en même temps que Jésus ressuscite, en même temps il retourne auprès du Père. Le chiffre 40 jours que mentionne alors ce même St Luc au début des Actes des Apôtres est donc symbolique. 40 est le temps d’accueillir une révélation : celle que Jésus ressuscité est, par la grâce de l’Esprit, toujours avec nous jusqu’à la fin du monde, et en même temps, il est en son corps glorieux auprès du Père dans les cieux. Le récit de l’Ascension dans les Actes des apôtres signifie, plus solennellement, une dernière apparition du Ressuscité avant la Pentecôte. Et plus qu’un évènement, la fête de l’Ascension célèbre un mystère : l’accomplissement total de la Pâque, dans le corps total du Christ, qui est l’Église : tête et membres.

Je m’explique, lors d’un accouchement, d’un enfantement, lorsque la tête est passée, nous avons l’assurance que tout le corps du bébé va pouvoir passer. Il en est de même au jour de l’Ascension. Jésus, tête de l’Église, entre dans les cieux nouveaux, aussi avons-nous l’assurance que nous, membres de son corps, si nous sommes fidèles à sa Parole, nous avons part déjà à sa gloire, ici et maintenant, et demain avec Lui, dans la plénitude du ciel. 

Dans ce mouvement de retour vers le Père, Jésus n’y retourne pas de la même façon qu’il est venu. Il y retourne avec son corps glorieux. Quand Jésus ressuscite et remonte au ciel, Il ne quitte pas cette nature humaine comme une dépouille qu’on abandonne, Il ne quitte pas ce corps humain par lequel Il a fait partie de l’univers et du cosmos. Il retourne auprès du Père, bien sûr, comme Fils éternel du Père, et il y introduit la nature humaine, car désormais, au cœur même de la Trinité, il y a un corps. Quelle nouveauté ! Un corps, là où il n’y avait que 3 personnes pures Esprit ! Et pas seulement un corps en soi, un corps glorieux, et plus encore, un corps glorieux qui porte les stigmates, les blessures du mal, qui porte les fêlures du monde et de notre humanité.

L’Ascension du Christ n’est donc pas la négation de notre monde, c’est sa transformation. Ce n’est pas l’évasion du monde, c’est l’inauguration d’un monde nouveau. Car ce monde, dont nous avons tellement l’habitude, ce monde si beau, quand nous voyons sa lumière dorée, ses fleurs, sa douceur et ses étoiles, est aussi ce monde si dur avec ses haines, ses guerres, ses maladies, ce monde qui, petit à petit, se dégrade et s’use, ce monde qui se révèle si fragile à travers la crise du covid ; eh bien, ce monde-là, que Dieu aime, n’est pas fait, en dépit de certaines apparences, pour la destruction, pour l’anéantissement. Ce monde est fait pour le ciel, c’est-à-dire pour l’éternité, c’est-à-dire pour l’infini de l’amour de Dieu.

Oui, cette fête de l’Ascension nous dit que notre monde et notre corps, aussi souffrant, blessé, meurtri qu’ils soient, ne sont pas fait pour disparaître, ne sont pas fait pour le néant, ne sont pas fait pour être assimilés au profit d’une réalité spirituelle, évaporeuse et inaccessible. Non, notre corps, notre monde, sont fait pour ce qui ne passe pas, sont faits pour l’éternité et l’infini de l’amour de Dieu. En Jésus ressuscité avec son corps, et retourné définitivement vers le Père, nous en avons l’assurance. Voilà notre espérance. Joie pour Dieu. Joie pour les anges. Joie pour les hommes. 

Cette Bonne Nouvelle de l’Ascension de Jésus que nous contemplons en levant les yeux, nous en sommes les dépositaires. S’il nous faut savoir lever les yeux, Jésus nous invite à ne pas rester ainsi, et nous engage à un double mouvement : allez et faire. Allez de toutes les nations, allez jusqu’aux extrémités, pour rejoindre les périphéries existentielles, pour rejoindre chacun ; et faites des disciples. Il ne s’agit pas seulement d’aller et de rejoindre, il nous faut prendre le temps de demeurer et d’accompagner pour faire, pour former, pour façonner des disciples.

Pour réaliser cette œuvre d’aller et de faire, Jésus nous accompagne, et nous fait une promesse : « Vous allez recevoir une force, celle du Saint-Esprit, qui viendra sur vous. Alors vous serez mes témoins. » Avec cette fête de l’Ascension, nous entrons dans le temps du Cénacle, où groupés autour de la Vierge Marie, nous voulons nous disposer à être renouvelés dans la grâce de notre baptême par l’accueil du don de l’Esprit afin de devenir les témoins que nous sommes appelés à être. Dans cette eucharistie que nous allons célébrer, en même temps que nous allons offrir le pain et le vin, chacun chez soi est maintenant appelé à s’offrir, à se remettre tout entier à Dieu, pour qu’il transforme chacune de nos existences pour que nous soyons toujours plus ses témoins, comme il va transformer, par l’Esprit, le pain et le vin, en son corps livré et son sang versé. Que dans cette offrande totale de chacun, nous puissions trouver une véritable nourriture à faire en toute circonstance la volonté de Dieu, selon la parole de Jésus : « Ma nourriture est de faire la volonté du Père ».