Homélie de ce jour, vendredi Saint, 10 avril par le P. Adrien

Chers frères et sœurs,

Une nouvelle fois nous venons d’entendre le récit de la Passion. Une nouvelle fois nous sommes témoins de la violence, de la haine, de l’injustice qui s’abattent sur Jésus. Une nouvelle fois, nous sommes spectateurs épouvantés face à tant de douleurs et de souffrances. Devant nous, le mal se déchaine, il présente ses différents points d’attaque : souffrance physique, souffrance morale, humiliation, abandon, trahison, indifférence, injustice... Rien n’est épargné à Jésus.

La croix est le concentré de ce mal, elle est la création du mal, son invention, elle est l’aboutissement du mal, son chef d’œuvre. Celui qui meurt sur elle souffre de tous les maux. Et pourtant la croix est notre symbole. La croix voulait être le point final du mal sur le monde, sa marque ultime, mais il n’en est rien. En acceptant de s’offrir par amour pour nous sur la Croix, le Christ en a fait le symbole de son amour. Il a transformé la croix en chef d’œuvre de son amour, ce qui est le plus manifeste lorsque nous regardons la croix, ce n’est pas l’œuvre du mal, mais l’œuvre de Dieu. La croix n’est plus l’œuvre qui nous condamne, mais l’œuvre qui nous sauve. C’est pour cela que nous vénérons la croix, en elle on reconnait que Dieu est plus fort que le mal, en elle on reconnait que l’amour a vaincu la mort.

Chers frères et sœurs, je vous invite à vivre chez vous cette vénération de la croix. Vous avez sans doute une croix chez vous, au-dessus de votre lit, dans votre coin prière, autour de votre cou, au bout de votre chapelet... Tout à l’heure, lorsque nous vénérerons nous même la croix, vous pourrez vous munir de cette croix, vous pourrez la contempler et l’embrasser. Embrassez-la avec beaucoup d’amour et de reconnaissance, embrassez-la comme vous embrasseriez le médecin qui vous sauve.

Parmi les nombreuses souffrances affligées à Jésus lors de sa Passion, la plus douloureuse n’a sans doute pas été celle les clous, ni celle des épines. Je pense que ce qui lui a fait le plus de mal c’est le baiser de Judas, le baiser de la trahison. Que notre baiser, rempli d’affection et de respect, soit pour Jésus une consolation qui soigne un tant soit peu la blessure du baiser de Judas.

Embrasser la croix, c’est la moindre des choses que nous pouvons faire pour remercier et honorer celui qui n’a pas refusé d’y être cloué par amour pour nous.