Homélie de ce jour, jeudi Saint, 9 avril par le P. Laurent

Chers frères et sœurs, essayons de nous imaginer un instant la scène du lavement des pieds en prenant la place de Saint Pierre.
 
Je suis assis sur un banc, la lumière de la fin de journée commence à disparaitre. C’est l’heure où je rentre d’une journée de travail ou d’occupation et je sens la fatigue me gagner. C’est l’heure où j’ai envie de ne rien faire. C’est l’heure où j’ai envie d’oublier les soucis de ma journée. Et je m’assois auprès de la table afin de me restaurer et reprendre des forces.
 
Or Jésus se lève et dépose son vêtement qui fait de lui le maître pour revêtir le vêtement du serviteur. Je regarde et je réagis intérieurement : « Que fait-il ? » « Pourquoi se rabaisse-t-il à la condition de serviteur ? »
 
Puis Jésus verse de l’eau dans un bassin. Je commence à comprendre ce qu’il veut faire. Il veut laver les pieds de mes amis. Il veut les soulager du poids de leur fatigue. Il veut qu’ils se sentent bien en sa présence. Quelle sensation agréable lorsqu’on a beaucoup marché, de se laver les pieds, de les retrouver propres !
 
Il arrive ainsi devant moi, s’agenouille à mes pieds, pose son bassin d’eau et soudain ses yeux se lèvent vers moi. Cette position de Jésus, c’est la position de la prière ! C’est même l’attitude de l’adoration ! A genoux, les yeux levés vers le ciel ! Et le ciel, cette fois-ci c’est moi ! Dieu est en adoration devant l’homme ! Il désire se faire le serviteur de tous ! Il désire se faire mon serviteur ! Cela me donne soudain le vertige ! Quel amour plus grand que celui-là !
 
Et je réalise soudain que Jésus va me laver les pieds à moi aussi. Et mon orgueil reprend alors le dessus : « Tu ne me laveras pas les pieds ; non, jamais ! » Je ne comprends pas cette résistance au fond de moi. Pourquoi est-ce que je veux refuser tant d’amour de la part du Seigneur ? Pourquoi, alors que tout va bien, je veux montrer à Dieu que je n’ai pas besoin de lui ? Je n’en sais rien ! Ma bêtise humaine me pousse à me croire encore plus fort que Dieu, à croire encore au mensonge du serpent des origines : « vous serez comme des dieux » !
 
Et résonne alors en mon cœur ta supplication Seigneur, plus qu’une supplication, un cri du cœur, un désir : « Si je ne te lave pas, tu n’auras pas de part avec moi ». Et là Seigneur tu ne me parles plus de me laver les pieds, mais bien de purifier mon cœur ! Laver mes pieds moi-même, je peux encore le faire ! Mais laver mon cœur moi-même, je ne peux pas le faire ! Seul toi peux me pardonner ! Seul toi peux purifier mon cœur !
 
Et je finirai par le comprendre pleinement quand je te verrai sur la croix, les bras ouverts pour enlacer le monde !
Et cette fois c’est moi qui aurai les yeux levés vers le ciel en contemplant mon Seigneur et mon Dieu !
C’est moi qui me ferai serviteur pour les autres en portant dans ma prière tous ceux qui souffrent !
C’est moi qui me ferai serviteur pour les autres en agissant comme toi-même as agi pour nous !
C’est moi qui me ferai serviteur pour les autres en leur montrant ton amour infini !
 
Alors résonnera par ta grâce jusqu’aux extrémités de la terre ce commandement de la charité :
« Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds,
vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres ».
 
Amen