Homélie 5e dimanche de Carême : 29 mars 2020

Chers frères et soeurs, comme je vous le disais en début de semaine, nous avons entendu aujourd’hui le 7e miracle relaté dans l’Evangile de Saint Jean. A travers ce miracle différent des autres, Jésus montre qu’il a pouvoir sur notre vie. Il nous montre que son dessein est de nous voir vivants. Jésus, à travers la résurrection de Lazare, nous montre qu’il est plus fort que la mort. Et s’il est capable d’ouvrir un tombeau tel que celui de Lazare, il sera capable d’ouvrir son propre tombeau. S’il est capable de ressusciter un mort, il sera capable de ressusciter lui-même dans sa chair. S’il est capable de redonner la vie à Lazare, il sera capable de donner à l’humanité la vie éternelle.
Cependant le problème, n’est pas le dessein de Jésus, mais l’adhésion de l’humanité à ce dessein, et donc sa foi. Et nous voyons alors les différents protagonistes de cet Evangile faire des actes de foi différents.
Tout d’abord, il y a ceux qui rejettent Jésus. On nous dit dans l’Evangile qu’on cherche à lapider Jésus. Ce sont ceux qui ont le cœur dur, qui ne désirent pas faire l’effort de comprendre et qui ne veulent pas entrer dans la foi en Jésus. Cependant, nous savons que cela n’arrête pas Jésus, nous en avons pour preuve la conversion de Saint Paul qui était de ceux-là.
Or les temps que nous traversons, nous pouvons l’espérer, attendrira le cœur de certains de nos contemporains qui se classeraient eux-mêmes volontiers dans cette catégorie.
Alors prions pour nos contemporains qui ont le cœur fermé. Demandons au Seigneur qu’il vienne attendrir leur cœur et qu’ils puissent découvrir l’Amour de Dieu.
Ensuite, il y a les disciples qui, il faut l’avouer, sont un peu à côté de la plaque. Eux ils adhèrent à Jésus, mais ont du mal à comprendre ce qui se passe. Ils sont plutôt des obstacles à Jésus en essayant de l’empêcher de retourner dans un endroit où il peut se faire tuer. Ils ne comprennent pas ce que dit Jésus au sujet du sommeil de la mort. Et au final, un Thomas dépassé par les événements, lance une phrase qui souligne encore l’incompréhension du moment : « Allons-y, nous aussi, pour mourir avec lui ! »
Or il faut bien l’avouer, nous sommes nous aussi aujourd’hui comme les disciples de l’Evangile. Nous traversons nous aussi des épreuves que nous ne comprenons pas. En soi, cette pandémie, ces malades, cette souffrance, ces morts, tout cela n’a aucun sens à vue humaine. Et nous essayons de nous débattre en disant des paroles rassurantes, en essayant d’avoir toutes les informations qui finalement peuvent nous embrouiller et nous faire peur, bref en raisonnant avec notre pauvre petit cerveau humain. Et nous percevons alors comme les disciples que le dessein de Dieu pour notre monde d’une part, nous dépasse, et d’autre part, ne nous appartient pas.
Alors prions pour chacun de nous pour que nous ne soyons pas des obstacles au dessein de Dieu. Redisons avec foi : « Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel ! »
Enfin, nous avons Marthe et Marie. Elles, elles ne sont pas spectatrices. Elles sont dans l’épreuve, dans la tourmente, dans la souffrance d’avoir perdu un frère. Elles font appel à Jésus, elles ont foi en lui (pas une foi qui vient du cerveau mais une fois qui vient du cœur). Elles ne réfléchissent plus comme les disciples, elles puisent leur foi au fond de leur cœur. Et même si parfois la raison reprend le dessus : « Seigneur il sent déjà ! », c’est la foi qui l‘emporte « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort.
Or chers frères et soeurs, en ces temps troublés, nous sommes témoins de ces actes de foi magnifiques qui viennent du cœur. Cette chaine de prière que nous vivons depuis maintenant deux semaines en est une illustration. Le nombre de messages que nous avons reçu à la paroisse pour des
demandes d’intention de prière, mais aussi pour des remerciements et des encouragements. En tant que prêtres, nous sommes témoins de ce qui se fait et se vit grâce à la foi du cœur. Nous sommes témoins de cette foi active qui se vit dans la solidarité envers les personnes âgées ou isolées. Nous sommes témoins de la solidarité des familles pour mettre en place l’école à la maison. Nous sommes témoins de la grâce que peut apporter la prière pour les personnes malades. Nous sommes témoins des grâces que reçoivent les familles que nous accompagnons dans le deuil et qui sont touchés de notre présence et de notre prière. Chers frères et soeurs, plus que jamais, aujourd’hui, nous vivons comme Marthe et Marie, la foi du cœur et nous devons continuer à être créatifs.
Alors prions pour notre Eglise, qu’elle soit le signe aujourd’hui pour le monde d’une foi active et que chacun de nous puisse développer en lui la foi du cœur. Que nous puissions êtres encore et toujours plus créatifs dans l’amour pour nos frères. Amen